
L'histoire complète
L'abîme dans la terre
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Dans les mines de la côte ouest-africaine, la vie d'Akin se mesurait à la profondeur des tunnels et au poids de la poussière dans ses poumons. Sous la domination coloniale, il fut forcé de creuser les entrailles de la terre à la recherche d'or, un métal qu'il ne verrait jamais autrement que dans les fissures des rochers. Les journées étaient une succession d'obscurité, d'air vicié et du son constant des pioches contre la pierre, vivant dans un état d'épuisement perpétuel où le soleil n'était plus qu'un lointain souvenir.
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La longue traversée et la douceur amère
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Après des années d'exploitation minière, Akin fut enchaîné à des centaines d'hommes et de femmes pour traverser l'Atlantique. Sa destination finale fut Cuba, mais il n'y trouva aucun répit. Il fut vendu à une sucrerie (un ingenio), où l'or fut remplacé par la canne à sucre. Le travail était tout aussi brutal, mais sous un soleil de plomb ; les journées dans les champs de canne se terminaient par des mains couvertes de plaies et la peur constante du fouet. L'« or blanc » de Cuba se nourrissait de sa sueur et de sa tristesse.
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Une famille dans l'ombre
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Malgré la déshumanisation, Akin forma une union avec une femme nommée Elena dans les baraquements. Ils eurent des enfants qui naquirent sous le stigmate de l'esclavage, héritiers d'une culture qu'ils devaient cacher pour survivre. Akin leur murmurait des histoires de son pays et de la mine pour qu'ils n'oublient pas qui ils étaient, mais la dureté de la vie dans la plantation finit par éroder ces récits, ne laissant que des cicatrices physiques et émotionnelles qui se transmettraient de génération en génération.
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La transition vers l'oubli
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Avec l'abolition de l'esclavage à la fin du XIXe siècle, les descendants d'Akin cherchèrent désespérément à s'intégrer dans une société qui restait profondément inégale. Pour ses petits-enfants, le passé d'Akin n'était pas un motif de fierté, mais un rappel de l'humiliation et de l'extrême pauvreté. Ils commencèrent à « blanchir » leurs histoires familiales, dissimulant l'origine africaine et les récits de la mine et de la sucrerie pour éviter les préjugés sociaux, préférant s'inventer des lignées qui n'étaient pas entachées par les chaînes.
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L'écho silencieux
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Aujourd'hui, les descendants d'Akin vivent dans la modernité, totalement éloignés des champs de canne. Bien qu'ils conservent des traits physiques qui murmurent leur provenance, ils renient activement leurs racines. Si on les interroge sur leur passé, ils parlent d'ancêtres lointains venus d'Europe comme commerçants ou colons. L'histoire d'Akin, son sacrifice dans la mine d'or et sa souffrance à Cuba, est restée enfouie sous des couches de honte et de silence, consommant ainsi la plus grande tragédie : que l'homme qui a donné naissance à leur lignée soit celui qu'ils s'efforcent le plus d'oublier.
